2025 : un beau millésime mais une nature qui n’a pas été trop généreuse.
Les 4 saisons en 2025
Après une année 2024 mi-figue, mi-raisin, nous attendions avec impatience le millésime 2025, les années en 5 ne déçoivent jamais le vigneron mais cette année, il en a été tout autrement avec une récolte de bonne qualité, mais faible. L’hiver 2024-2025 a été assez froid mais avec peu de neige et des pluies qui n’ont pas perturbé le travail dans les vignes. La fin mars, début avril ont été agréables avec de belles journées ensoleillées et chaudes, la fin avril a été plus perturbée, mais la vigne a cependant débourré à cette période. Nous avons effectué le premier traitement le 30 avril. Le beau temps de début mai a permis à la vigne de pousser rapidement et nous avons commencé le palissage le 14 mai. La fleur de vigne était déjà bien avancée le 28 avec des températures supérieures à 30°. Juin a été orageux, le thermomètre atteignant souvent les 34° dans la dernière quinzaine de juin ; juillet a été maussade, nous avons terminé la protection phytosanitaire le 22 juillet et effectué un dernier labour inter ceps la dernière semaine du mois. Les trois premières semaines d’août ont été caniculaires avec des maximums à 40°. De nombreux viticulteurs ont commencé les vendanges le 25 août, voir avant pour certains : bonne ou mauvaise idée ? Les rendements en jus étaient médiocres et les conditions de récolte très difficiles avec des averses de pluie orageuses incessantes : nous avons enregistré 115 mm de précipitations entre le 27 août et le 1er septembre. De nombreux vignerons ont alors pris la décision d’arrêter les vendanges à l’image des Hospices de Beaune. Il est évident que les densités ont chuté avec la pluie mais qui a permis à la grume de gonfler et d’obtenir des rendements en jus plus intéressants. On estime le gain de récolte à 25% pour ceux qui ont attendus une quinzaine de jours.
En ce qui nous concerne, nous avons commencé les vendanges le 6 septembre et nous ne le regrettons pas : nous avons obtenu un rendement moyen de 37 Hl/Hectare ; c’est beaucoup mieux que 2024 mais nous avons encore un déficit de 12 Hl/Hectare par rapport à une année normale, ce qui constitue un manque d’environ 10 000 bouteilles.
Les vins sont d’une belle couleur sombre, bien équilibrés avec des acidités pas trop marquées et des tanins fins. On devrait, à l’avenir obtenir de jolis vins de garde.
Les fermentations malolactiques de ces vins 2025 sont déjà toutes terminées.




Revenons au vin du millésime 2024 dont la mise en bouteilles a été effectuée les 12 et 13 novembre.
Avant le soutirage, les vins présentaient un caractère fruité qui n’a pas été contrarié par la mise en bouteilles : voici les commentaires de dégustations réalisés en collaboration avec notre œnologue Bruno Michéa.
Cuvée Chantal : pas de récolte
Cuvée Gérard : nez fruité, bouche charnue et gourmande
Marsannay : nez ouvert de petits fruits rouges, bouche détendue avec une finale épicée
Fixin : nez vanillé, bouche détendue avec des tanins nombreux et fins
Chambolle-Musigny : le nez est encore fermé, la bouche est grasse et détendue en attaque et se resserre en finale
Gevrey-Chambertin Les Crais : le nez est plus ouvert, la bouche est fruitée avec une finale complexe et gourmande
Gevrey-Chambertin La Justice : belle robe intense, le nez est ouvert avec des notes fruitées, chocolatées et de fruits secs, belle longueur en bouche
Gevrey-Chambertin Terroir du Domaine : le nez est encore fermé, la bouche est concentrée et pleine en finale
Gevrey-Chambertin Vieilles-Vignes : le nez est discret mais droit, la bouche est pleine dès l’attaque, massive mais enrobée en finale
Gevrey-Chambertin 1er Cru Craipillot : nez complexe et ouvert, la bouche est tendue avec une finale dynamique et persistante
Gevrey-Chambertin 1er Cru Lavaux : nez de fruits noirs et de chocolat, bouche pleine et ample, saline avec de la largeur et de la longueur.
En conclusion, ce sont déjà des vins agréables à déguster comme nous avons pu le constater avec nos importateurs de différents pays.
Ce millésime devrait atteindre sa maturité dans les deux ans qui viennent ; cependant, on notera un potentiel de garde plus important pour les Fixin, Gevrey-Chambertin Terroir et Vieilles-Vignes, de même pour Craipillot et Lavaux.
Bien évidemment, vu la faible récolte, nous ne pourrons pas contenter toutes les demandes et nous aurons le même problème avec le millésime 2025 qui s’annonce très prometteur.
La conjoncture économique n’est pas des plus favorable actuellement ; nos importateurs, à l’exception d’un américain ont tous retiré leurs allocations. Concernant les Etats-Unis, ceci est très compréhensible vu les taxes Trump et la baisse du Dollar.
Les particuliers, malgré la forte hausse du millésime 2024 commandent en moindre quantité, mais sont restés fidèles au Domaine. Nous n’avions pas augmenté nos tarifs depuis 2022 et nous n’augmenterons pas le millésime 2025.
Il est difficile d’envisager ce qu’il va se passer dans les années futures tant la conjoncture nationale et internationale est tourmentée. Notre région viticole de Bourgogne est l’une des moins à plaindre en France mais la baisse de la consommation de vin se fait cependant sentir, en particulier dans les appellations moins renommées.
Les acheteurs de la Vente des Vins des Hospices de Beaune ne se sont pas trompés avec une hausse de 14.46% pour les rouges et de 12.99% pour les blancs. Le produit de la vente totale a été de 18.4 millions d’euros avec une pièce de Bâtard Montrachet qui a été adjugée à 400 000.00 euros.
En ce qui nous concerne, nous manquons de vin, le millésime 2023 avec une belle récolte est complètement épuisé et nous commençons d’expédier le millésime 2024 dont le stock est déjà en grande partie alloué.



Depuis le 1er trimestre 2025, nous avons embauché un stagiaire BTS Viti-Oeno en alternance jusqu’à son examen en juin 2026. Il s’intéresse beaucoup au métier de vigneron et nous soulage dans notre travail quotidien.
Avec l’ensemble de nos salariés, nous avons visité la Tonnellerie Rousseau installée à Gevrey-Chambertin. De nombreuses explications nous ont été données sur les procédés de fabrication.
Une expérimentation menée par notre stagiaire dans le cadre de son BTS vise à connaître l’intérêt de rénover un fût de trois ans en le démontant complètement avec un ponçage intégral à l’intérieur en comparaison avec un fût neuf : les qualités organoleptiques sont-elles identiques ou modifiées ? la prolongation de l’usage du fût représente-t-elle une économie importante pour l’exploitation ? Nous ferons un bilan après une année d’élevage avec un fût témoin de la même année et du même tonnelier et un fût neuf. La rénovation présente un intérêt écologique indéniable qui ne faut pas sous-estimer.
En 2025, nous avons commencé le ravalement de la façade de l’exploitation qui devrait se poursuivre en 2026 avec une signalétique plus moderne.
Revenons sur un article paru sur la revue La Vigne sur la paperasse qui rend fou et que nous ne pouvons que cautionner La surcharge administrative est de plus en plus pointée du doigt. Dans cet article, Marion Sauquère, Directrice de la CAVB met en cause la vague de dématérialisation dont la conséquence est de simplifier la tâche de l’Administration, mais en complexifiant celle-ci pour les vignerons.
Les Administrations ne communiquent pas entre elles et le vigneron doit indiquer à chaque service (L’INAO, Douanes, etc…) les mêmes informations. Que de temps perdu ! La CAVB considère que toutes ces formalités administratives occupent 9 heures par semaine un vigneron qui peut difficilement déléguer ces tâches. Nous sommes hélas aussi contraints, par des normes européennes, qui ne peuvent pas forcément s’appliquer chez nous. Nous avons nos propres normes avec les cahiers des charges des ODG de chaque village qui sont plus sévères que les normes mondiales. Le règlement sur les produits phytosanitaires en est l’une des illustrations. On importe souvent des produits dont on ne connaît pas l’origine exacte et les conditions de production à des prix ultra compétitifs.
Les années à venir risquent de devenir difficiles d’autant plus si le régime de succession vient à changer avec l’abandon de la Loi Dutreil.
Les prix du foncier en Bourgogne atteignent des sommets et il y a toujours des acheteurs pour des parcelles en Côte de Nuits ou en Côte de Beaune à des prix astronomiques.
Les petites exploitations vont souffrir encore plus et disparaître à terme ; les repreneurs, dans une famille auront une soulte trop importante à verser aux autres héritiers. L’exploitation sera alors vendue.
Les acheteurs sont souvent de grands groupes d’investisseurs, qu’adviendra-t-il de la qualité de nos vins à l’avenir ? C’est le début de la fin des exploitations familiales qui savent si bien protéger le terroir.
Malgré ces perspectives peu réjouissantes pour notre profession, nous continuons pour notre part d’avancer en dépit des rendements aléatoires de ces deux dernières années.
Nous espérons simplement que 2026 sera plus généreux en terme de récolte et nous vous souhaitons tous nos vœux pour cette nouvelle année et une très belle santé agrémentée de belles dégustations.


